L’Etat guinéen par la voix du Président de la République et de son Premier Ministre, Chef du Gouvernement, doit faire de sa priorité, la restitution à la Guinée du patrimoine culturel spolié au pays et gardé en Europe.Cette affaire doit être aujourd’hui, une priorité nationale, un impératif de justice historique, un devoir de la Génération actuelle, pour l’honneur des ancêtres.
Peuple de Guinée,
À l’heure où la Nation entame un nouveau cycle politique, notre regard doit se tourner vers un combat à la fois ancien et fondamental : celui de la restitution du patrimoine culturel injustement spolié à notre peuple pendant la période coloniale.
Sous la haute autorité de Monsieur le Président de la République, le Général Mamadi Doumbouya,
et sous la conduite de Monsieur le Premier ministre, Amadou Oury Bah,
L’histoire, la dignité et la souveraineté de la République de Guinée exigent que ce combat devienne aujourd’hui une priorité d’État, un symbole de justice et de mémoire.
Car aucune relation bilatérale ne peut être véritablement équilibrée tant qu’un pays conserve les biens culturels, les restes humains ou les trésors spirituels d’un autre.
Aussi longtemps que la France retiendra les restes du résistant Bocar Biro Barry, aussi longtemps que les musées britanniques exposeront les regalia des royaumes guinéens, aussi longtemps que le Portugal détiendra le fruit de nos dépossessions, la Guinée restera dans une relation de continuité coloniale, et non de partenariat égal.
La restitution de notre patrimoine n’est pas un caprice du passé : c’est un devoir de justice, un enjeu diplomatique majeur, et un levier économique et culturel pour refonder la fierté nationale.
En plaçant cette mission au cœur de la politique extérieure et culturelle de l’État, la Guinée affirmerait au monde sa maturité, sa dignité retrouvée et sa fidélité à l’héritage de ses héros.
I. SITUATION OBJECTIVE : CE QUE LA FRANCE, LA GRANDE-BRETAGNE ET LE PORTUGAL DÉTIENNENT DE LA GUINÉE
A. Les Collections Françaises : L’Héritage le Plus Considérable
Entre 1880 et 1958, lorsque la Guinée était désignée comme « Rivière du Sud » puis « Guinée française », la France a systématiquement spolié le patrimoine culturel guinéen. Aujourd’hui, les musées français conservent :
1. Restes Humains de Résistants Décapités
Alhamy Boubacar Biro Barry (mort en 1896 à Porédaka) : Son crâne repose au musée de l’Homme à Paris depuis plus de 129 ans. C’était le dernier Almamy du Fouta-Djalon, qui a affronté l’expansion coloniale française. Son crâne fut transporté en France comme trophée de guerre.
Restes d’autres résistants : Le musée de l’Homme conserve également les restes de guerriers guinéens tombés en combattant l’expansion coloniale.
2. Artefacts Royaux et Culturels Majeurs
Le musée du Quai Branly à Paris abrite environ 70 000 objets provenant d’Afrique subsaharienne, dont une collection significative d’objets guinéens : masques Toma, instruments de musique traditionnels, textiles, armes, objets de cérémonie.
Le musée de l’Armée conserve plusieurs centaines d’objets de provenance guinéenne, dont les deux tiers relèvent du domaine militaire (armes, insignes, uniformes, équipements pillés lors des conquêtes coloniales).
B. Collections Britanniques : Le British Museum et Autres Institutions
Le British Museum à Londres possède environ 73 000 objets d’art premier africain, dont une fraction importante d’objets guinéens. Bien que moins documentée que les collections françaises, cette collection inclut :
Masques et statues de peuples de Guinée-Occidentale britannique (région côtière colonisée par la Grande-Bretagne).
Objets de commerce et d’échanges, y compris armes et parures royales.
Archives et documents écrits relatifs à la période coloniale.
C. Collections Portugaises : Le Silence Persistant
Le Portugal, ancien colonisateur de régions frontalières avec la Guinée, détient dans ses musées :
Le Museum de Lisboa et d’autres institutions conservent une collection d’objets de provenance guinéenne.
Des estimations indiquent qu’environ 320 à 400 objets guinéens pourraient être conservés dans les musées portugais, notamment au Museum de Antropologia de Lisboa.
Ces collections incluent masques rituels, ivoires sculptés, objets de culte et documents historiques.
CONTEXTE POLITIQUE MAJEUR : Le Portugal a formellement engagé un processus de réflexion sur la restitution depuis 2024.
En juillet 2024, le Portugal a annoncé qu’il réfléchissait à la possibilité de « décoloniser » ses musées, avec une conférence prévue en mars 2025 à Figueira da Foz. Cela signifie qu’une fenêtre diplomatique s’ouvre pour une revendication guinéenne.
D. Inventaire Estimé du Patrimoine Guinéen Spolié
Selon le Rapport Sarr-Savoy (2018) commandé par le Président Macron :
90 000 à 95 000 objets d’art africain sont conservés dans les seuls musées français
80 à 85% du patrimoine culturel matériel africain se trouvent en Europe occidentale
Pour la Guinée spécifiquement, entre 1 500 et 3 000 objets seraient identifiables dans les collections publiques européennes.
II. PRÉCÉDENTS INTERNATIONAUX : POURQUOI LA GUINÉE PEUT ET DOIT RÉCLAMER
A. La France a Établi le Précédent
Le Sénat français a franchi une étape historique le 28 janvier 2026 en adoptant à l’unanimité un projet de loi facilitant la restitution des œuvres d’art et du patrimoine issus de l’époque coloniale à leurs pays d’origine. Ce texte sera désormais soumis à l’Assemblée nationale pour approbation définitive et entrée en vigueur.
Ce projet de loi, qui vise à simplifier les procédures, cible spécifiquement les biens culturels pillés et volés entre 1815 et 1972.
En 2025, le Parlement français a approuvé la restitution du « tambour parlant » à la Côte d’Ivoire, qui avait été volé par des soldats à la tribu Ibri en 1916.
Le 26 août 2025, la France vient de restituer à Madagascar trois crânes sakalava, dont le crâne présumé du roi Toera. Cette restitution est effectuée selon la loi française n° 2023-2023-1251 du 26 décembre 2023, qui facilite la restitution des restes humains.
2020-2021 : Restitutions au Bénin
La France a restitué 26 objets royaux d’Abomey au Bénin, après accord bilatéral. Ces objets, pillés en 1892, incluaient des statues, des insignes royaux et des armes.
2019 : Restitution au Sénégal
La France a restitué au Sénégal le sabre d’El Hadj Oumar Tall, leader religieux du XIXe siècle qui avait combattu la colonisation.
2025 : Restitution à Madagascar
Message clair : La France ne peut prétendre que la restitution à la Guinée est impossible. Elle l’a faite pour d’autres. Elle a établi les précédents. La Guinée doit en bénéficier.
B. Succès Britanniques
2024 : Prêt à Long Terme au Ghana
Le British Museum et le Victoria & Albert Museum ont restitué 32 objets en or et argent au Ghana (royaume Asante), sous forme de prêt à long terme de six ans (renouvelable). Bien que ce ne soit pas une restitution définitive, c’est une reconnaissance que le Royaume-Uni peut et doit restituer les objets pillés.
C. Autres Pays qui ont Réussi
Égypte : Réclame actuellement sa Pierre de Rosette (British Museum), son buste de Néfertiti (Neues Museum, Berlin) et le Zodiaque de Dendérah (Louvre). Bien que non encore restituée, l’Égypte a établi une jurisprudence de revendication massive.
Éthiopie : Réclame depuis 2007 les trésors pillés lors de l’expédition britannique de 1868 à Magdala. La couronne royale, 300 manuscrits et objets sacrés sont toujours au British Museum, mais les négociations évoluent.
Corée du Sud : A obtenu le retour en Corée de 287 manuscrits royaux pillés par la marine française en 1866. Bien qu’il s’agisse d’un prêt renouvelable plutôt qu’une restitution définitive, c’est une victoire diplomatique qui a pris des décennies.
Nigeria : A récupéré grâce à des accords bilatéraux plus de 1 130 bronzes du Bénin d’Allemagne et des Pays-Bas. L’Allemagne a également engagé un partenariat pour la construction d’un nouveau musée au Bénin.
Mozambique : En 2025, a officiellement réclamé 800 objets d’art pillés à la Portug au et l’Allemagne, avec un calendrier ambitieux visant la restitution progressive.
Message clé : Aucun de ces pays n’était plus « puissant » ou « important » que la Guinée. Aucun n’avait une position diplomatique exceptionnelle. Mais ils ont revendiqué. Ils ont organisé. Ils ont obtenu des résultats.
III. CADRE JURIDIQUE INTERNATIONAL ÉTABLI
A. Convention UNESCO de 1970
La Convention de l’UNESCO de 1970 sur les mesures à prendre pour interdire et empêcher l’importation, l’exportation et le transfert de propriété illicites des biens culturels fournit le cadre juridique international. La Guinée en est signataire.
L’Article 7(b)(ii) stipule que les États parties s’engagent à prendre des mesures appropriées pour saisir et restituer tout bien culturel volé et importé. Les demandes doivent être adressées par voie diplomatique.
B. Loi Française du 26 Décembre 2023 (n° 2023-1251)
Cette loi révolutionnaire facilite la restitution des restes humains conservés dans les collections publiques françaises. Les conditions de restitution sont claires :
Demande formelle d’un État
Restes humains identifiés du territoire étranger
Restes de personnes mortes après 1500
Conditions de collecte contrevenant à la dignité humaine
Conservation contrevenant au respect de la culture du groupe d’origine
Cette loi s’applique directement au crâne de Bocar Biro Barry.
C. Jurisprudence Internationale Établie
Les pillages militaires sont documentés depuis plus d’un siècle comme violations du droit international. Les conventions de Genève (1949) interdisent explicitement le pillage en période de conflit. Bien que la colonisation précède ces traités, la communauté internationale reconnaît aujourd’hui qu’il s’agissait de violations graves des droits humains.
IV. POURQUOI CELA N’A PAS ÉTÉ FAIT AVANT : LE SILENCE POLITIQUE GUINÉEN
A. Unique Tentative Enregistrée : 1968
Le 28 septembre 1968, lors du dixième anniversaire de l’indépendance de la Guinée, le Président Sékou Touré a formellement adressé une demande au gouvernement français pour la restitution :
Du Coran de Samory Touré
De son sabre
De son boubou (vêtement traditionnel)
De tous les documents et objets personnels le concernant
Résultat : Aucune suite n’a été donnée à cette demande historique.
B. Silence Officiel de 1968 à 2025 (57 ans)
Pendant 57 ans, aucun gouvernement guinéen n’a relancé de manière systématique la revendication patrimoniale. Cela contraste fortement avec :
Le Nigeria (revendications constantes depuis les années 1950 pour les Bronzes du Bénin)
Le Sénégal (demandes continues pour les objets sakalava et autres artefacts)
Le Bénin (mobilisation diplomatique soutenue depuis 1988)
Madagascar (revendications enracinées dans les années 1990)
V. LE CONTEXTE ACTUEL : UNE FENÊTRE D’OPPORTUNITÉ UNIQUE
Moment Politique Favorable (2025-2026)
En France : Le cadre juridique est désormais établi (loi 2023-1251). Les restitutions sont en cours. Le ministère de la Culture français a montré sa volonté d’agir.
Au Portugal, une conférence s’est tenue en mars 2025 à Figueira da Foz pour débattre de la restitution du patrimoine colonial. Le pays se trouve aujourd’hui à un tournant décisif de son histoire.
VI. POURQUOI CELA IMPORTE : BIEN AU-DELÀ DU MUSÉE
A. C’est une question d’Honneur et de Dignité Nationale
Les crânes de nos ancêtres décapités lors de guerres coloniales ne sont pas des « objets archéologiques neutres ». Ce sont les restes mortels d’hommes qui ont combattu pour la liberté de notre peuple. Les conserver à Paris, les exposer sous des vitrines, c’est perpétuer symboliquement la violence coloniale.
Revendiquer ces restes, ce n’est pas de la nostalgie, c’est affirmer que la dignité des ancêtres transcende le temps et les frontières.
B. C’est une question d’Identité et de Transmission Mémorielle
En 2025, plus de 60% de la population guinéenne a moins de 25 ans. Cette génération n’a pas connu la Guinée française, mais elle hériterait d’une République de Guinée dont le patrimoine ancestral reste volé.
Nos jeunes ont le droit de connaître l’histoire véritable de leurs ancêtres. Quand Alhamy Biro Barry se bat à Porédaka, nous voulons que les générations futures le sachent, pas à travers un livre importé, mais dans les musées de leur pays, en touchant les armes qu’il a portées, en voyant les insignes royaux qu’il revêtait.
C. C’est une Question de Souveraineté Culturelle
La culture n’est pas un secteur « mineur », elle est le fondement de la souveraineté d’une nation. Quand la Guinée laisse son patrimoine aux mains des étrangers, elle abdique une part de sa souveraineté.
Une nation qui ne contrôle pas son propre patrimoine ne peut pas prétendre à la pleine souveraineté.
D. C’est une question Économique : Tourisme Mémoriel et Attractions Culturelles
Le patrimoine restitué devient un moteur économique :
Tourisme culturel : Les musées de Conakry et des capitales régionales attireraient des visiteurs du monde entier
Création d’emplois : Conservateurs, guides, restaurateurs, artisans
Rayonnement international : La Guinée devient une destination de patrimoine reconnu.
Éducation : Les universités guinéennes deviennent des centres de recherche sur le patrimoine réel, pas des doublons des institutions étrangères
Le modèle nigérian avec les Bronzes du Bénin montre comment l’Allemagne participe maintenant à la construction d’un nouveau musée au Bénin et forme des experts béninois. C’est un investissement mutuel gagnant-gagnant.
E. C’est une Question de Justice Réparatrice et de Réconciliation
La colonisation a été un crime. Pas une « rencontre de civilisations » – un crime qui a volé nos ressources, décimé nos populations, détruit nos institutions. La restitution du patrimoine est une étape vers la justice réparatrice, une reconnaissance qu’une injustice a été commise et qu’elle doit être corrigée.
Sans cette reconnaissance, aucune relation bilatérale véritable ne peut exister.
Monsieur le Président, monsieur le Premier ministre,
Ce combat transcende les clivages politiques. Il appartient à la conscience nationale.
En l’engageant avec détermination et stratégie, vous inscrirez votre nom dans l’Histoire comme ceux qui auront rendu à la République de Guinée la part d’elle-même qu’on lui avait arrachée.
Restituer, c’est réparer. Restaurer, c’est bâtir. Reprendre notre histoire, c’est préparer notre avenir.
Mohamed Aly Pendessa
Citoyen au service de la Nation

